{"id":13521,"date":"2021-08-09T10:54:25","date_gmt":"2021-08-09T08:54:25","guid":{"rendered":"https:\/\/compostelle41.online\/?p=13521"},"modified":"2021-08-09T10:54:25","modified_gmt":"2021-08-09T08:54:25","slug":"retour-de-compostelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/chemindepatrick.fr\/?p=13521","title":{"rendered":"Retour de Compostelle"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">En ce matin du 8 juillet 2021, je pars pour Compostelle, je pars de Sarria pour un p\u00e9riple de 15 jours en compagnie, pour la premi\u00e8re fois, de trente personnes que je ne connais, pour la plupart, pas.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">L&rsquo;itin\u00e9raire propos\u00e9 est tentant car depuis 2015, j&rsquo;ai envie d&rsquo;aller \u00e0 pied jusqu&rsquo;\u00e0 la mer, fin des terres, bout du monde, par le Camino de Fisterra-Muxia. Ce lieu mythique situ\u00e9 aux confins de l&rsquo;Europe occidentale marque la fin du chemin terrestre des p\u00e8lerins de Compostelle. C&rsquo;est le kilom\u00e8tre Z\u00e9ro du chemin, celui o\u00f9 certains p\u00e8lerins br\u00fblent leurs v\u00eatements et leurs sandales en signe de renaissance, de renouveau int\u00e9rieur. Ils formalisent ainsi les effets du Chemin sur eux-m\u00eames, conscients d&rsquo;avoir chang\u00e9, comme s&rsquo;il leur avait permis de changer de peau. En effet, le but est l\u00e0, changer de peau ne serait-ce que pendant trois semaines dans l&rsquo;espoir d&rsquo;en trouver une nouvelle qui permette d&rsquo;aller plus loin, plus fort vers la prochaine \u00e9tape, celle qui marque la fin d&rsquo;une vie et, j&rsquo;esp\u00e8re, le d\u00e9but d&rsquo;une autre.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Revenir ensuite vers Santiago comme si je d\u00e9couvrais cette ville pour la premi\u00e8re fois\u00a0; la cath\u00e9drale de Santiago de Compostelle et sa place de l&rsquo;Obradoiro, ce lieu magique, attirant comme aimant\u00e9, vers lequel convergent tous les p\u00e8lerins de Compostelle. Le Chemin est la trace de mes pas avan\u00e7ant vers un myst\u00e8re que j&rsquo;appr\u00e9hende et que, pour autant, je voudrais \u00e9claircir.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Au petit matin du 10 juillet, de suite, entr\u00e9e dans l\u2019inconnu du p\u00e8lerinage avec ses plaisirs et ses difficult\u00e9s\u00a0: port du sac \u00e0 dos, conditions climatiques incertaines, rythme de marche, fatigue physique, autant d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e0 \u00e9valuer et g\u00e9rer. Le voyage se d\u00e9roule en Galice, r\u00e9gion superbe, vallonn\u00e9e et tranquille. Le cheminement \u00e0 travers les champs, les pr\u00e9s, les bois, les campagnes verdoyantes nous plonge dans l\u2019\u00e9merveillement et, parfois, dans la tristesse lorsque la d\u00e9sertification est en route. La route est parfois longue, quelque fois ponctu\u00e9e de rencontres, haltes accueillantes, monuments, \u00e9glises, \u00e9difices, si bien que la journ\u00e9e passe vite et que l\u2019\u00e9tape du soir est atteinte le corps fatigu\u00e9 mais l\u2019esprit combl\u00e9. Les chemins sont calmes, la foule \u00ab\u00a0p\u00e8lerinante\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas l\u00e0\u00a0; des \u00e9trangers il n&rsquo;y en a quasiment pas. Une majorit\u00e9 d&rsquo;espagnols et des fran\u00e7ais, les seuls \u00e9trangers ou presque.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce voyage repouss\u00e9 de 2020 pour cause de pand\u00e9mie tombe, en fait, au bon moment. En effet, ce voyage est, pour moi et cette fois-ci, une mise entre parenth\u00e8se d&rsquo;un quotidien insens\u00e9, obs\u00e9dant, harcelant et oppressant jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9coeurement. Partir, c\u2019est se d\u00e9tacher, voir ailleurs, autrement, se perdre peut-\u00eatre, pour se retrouver. C\u2019est aussi, s\u2019enrichir de l\u2019autre diff\u00e9rent, changer de vie pour la comprendre et mieux l\u2019habiter. C\u2019est finalement faire confiance et cheminer, parfois dans la souffrance, mais toujours dans l\u2019esp\u00e9rance. C&rsquo;est ainsi que, tr\u00e8s rapidement, d\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9tape, je comprends que mon pr\u00e9sent chemin ne peut pas \u00eatre et ne sera pas le m\u00eame que les pr\u00e9c\u00e9dents. D\u00e8s le premier jour, j&rsquo;ai senti que l&rsquo;\u00e9nergie du chemin coulait en moi comme s&rsquo;il m&rsquo;attendait, j&rsquo;ai senti que ma propre \u00e9nergie retrouvait le terrain propice \u00e0 sa lib\u00e9ration, une sorte de r\u00e9sonance entre le Chemin et moi. De suite, j&rsquo;ai compris que cette libert\u00e9 retrouv\u00e9e ne pouvait pas \u00eatre \u00e9go\u00efste et inutile, le retour \u00e0 la source de moi-m\u00eame a op\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Cette fois-ci, donc, je pars avec un groupe form\u00e9 par une association, Compostelle45, qui, avec beaucoup de courage et t\u00e9nacit\u00e9, a r\u00e9ussi \u00e0 mener \u00e0 bien un projet que cette belle phrase de Marcel Proust\u00a0r\u00e9sume bien : \u00ab\u00a0Le seul v\u00e9ritable voyage n&rsquo;est pas d&rsquo;aller vers d&rsquo;autres paysages mais d&rsquo;avoir d&rsquo;autres yeux.\u00a0\u00bb. Confort extraordinaire pour un p\u00e8lerin, la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;un d&rsquo;un h\u00e9bergement accueillant, le g\u00eete et le couvert sont r\u00e9serv\u00e9s, pas besoin de chercher en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi une place dans une albergue, de quoi satisfaire sa faim jusqu&rsquo;au lendemain. Chacun est libre de rallier l&rsquo;\u00e9tape du soir selon ses besoins, convictions ou souhaits, seul imp\u00e9ratif, \u00eatre arriv\u00e9 en fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi\u00a0; la libert\u00e9 de la marche avec pour seules r\u00e9f\u00e9rences ses propres motivations.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Partager la vie d&rsquo;un groupe homog\u00e8ne, ouvert et motiv\u00e9, mod\u00e8le r\u00e9duit de notre soci\u00e9t\u00e9, m&rsquo;a permis de retrouver du lien, un contact \u00e9troit avec la vie, le vivant, celui qui dispara\u00eet peu \u00e0 peu emport\u00e9 par les bourrasques d&rsquo;un monde chancelant, malade et fou. J&rsquo;ai voulu \u00eatre profond\u00e9ment dans \u00ab\u00a0l&rsquo;ici et maintenant\u00a0\u00bb, et non pas comme les autres fois dans l&rsquo;introspection, la pens\u00e9e ouverte et libre, voire la m\u00e9ditation. Une d\u00e9marche solitaire peut \u00eatre quelque peu \u00e9go\u00efste, agir dans un groupe ajoute la dimension humaine source de joies, partage et performances. Elle peut sembler r\u00e9ductrice de libert\u00e9 mais ce qu&rsquo;elle peut apporter est d&rsquo;une telle richesse affective et morale que le \u00ab\u00a0jeu en vaut la chandelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Chaque matin de notre voyage, souvent partis dans les brumes de l&rsquo;aube, nous avons repris notre sac, nos b\u00e2tons, poursuivis notre route, ponctu\u00e9e de quelques haltes bienvenues, emportant avec nous notre message, nos pri\u00e8res pour l&rsquo;enfant, le malade, le d\u00e9funt, l&rsquo;amour, la vie. Chaque jour, coup\u00e9s du monde r\u00e9el, guid\u00e9s par les Etoiles et, parfois, le smartphone, nous avons parcouru, observ\u00e9 ce que ce monde nous offre encore. Chaque soir nous sommes arriv\u00e9s, fourbus mais heureux \u00e0 l&rsquo;albergue, havre bruissant de vie, pour un repos bien m\u00e9rit\u00e9. Nous avons \u00e9voqu\u00e9, nos enfants, petits-enfants, amours, joies et d\u00e9ceptions. Nous avons parl\u00e9 de nos r\u00eaves et nos cauchemars. Chaque nuit, la fatigue s&rsquo;en est all\u00e9e pour que chaque matin, chacun soit pr\u00eat \u00e0 repartir, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du parcours. Chaque matin, j&rsquo;aime les id\u00e9es d&rsquo;autonomie et humilit\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;univers. Chaque jour, \u00e0 son rythme, chacun avance, seul ou par petit groupe, les liens se forment, le dialogue s&rsquo;installe, une petite communaut\u00e9 na\u00eet.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Je pars, emportant mon \u00e2me en qu\u00eate d&rsquo;absolu et de renoncement. Je pars pour fuir une monstrueuse horloge, celle qui brise les vies et p\u00e9trifie les c\u0153urs, pour fuir un quotidien abrutissant et asphyxiant, je cherche ma place dans un monde qui brouille les rep\u00e8res, un monde qui ne ma\u00eetrise plus sa trajectoire, une machine infernale sans pilote. Coinc\u00e9 dans un espace fini, enchain\u00e9 par le temps, soumis \u00e0 un monde d&rsquo;apparence, je suis en qu\u00eate d&rsquo;une V\u00e9rit\u00e9 qui toujours m&rsquo;\u00e9chappe, celle qui permettrait d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 cette roue dantesque qui s&rsquo;appelle le Progr\u00e8s, un \u00ab\u00a0toujours plus\u00a0\u00bb qui d\u00e9shumanise notre soci\u00e9t\u00e9 au nom du confort de quelques uns, au d\u00e9pend des hommes et de notre environnement. Donner un sens \u00e0 mon existence comme \u00e0 mes actes, un besoin&#8230;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le Chemin une forme d&rsquo;aventure lib\u00e9ratrice, la vie autant que possible d\u00e9pouill\u00e9e de ses artifices, les rencontres sans barri\u00e8res, les \u00e9changes simples et d\u00e9classifi\u00e9s, le dialogue sans jugement et \u00e0-priori. Sur le Chemin, l&rsquo;\u00eatre profond peut s&rsquo;exprimer, ce Soi qui nous d\u00e9fini en tant qu&rsquo;\u00eatre humain. Sur le Chemin, on se d\u00e9pouille de ses habits de soci\u00e9t\u00e9, on est tous \u00e9gaux devant le soleil, la pluie, les bobos, la faim, la soif, la marche. On se parle de personne \u00e0 personne, les paroles de l&rsquo;autre nous enrichissent de son histoire, ses connaissances, ses id\u00e9es, ses convictions et ses sentiments. Le Chemin est un miroir de notre soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est aussi le miroir de ce que nous sommes.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Parcourir les chemins, c&rsquo;est comme dialoguer avec le monde. Pas apr\u00e8s pas, les pieds bien pos\u00e9s sur le sol, il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9couter le monde avec empathie et lucidit\u00e9, puis de se lancer sur le chemin qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;essentiel. C&rsquo;est pouvoir, en toute simplicit\u00e9 et libert\u00e9, observer, sentir, voir et entendre, sans barri\u00e8re, sans filtre, le vivant, du r\u00e8gne min\u00e9ral \u00e0 l&rsquo;homme, s&rsquo;exprimer. Retrouver son rythme, \u00e9couter son corps, lib\u00e9rer son esprit des pens\u00e9es envahissantes, se connecter \u00e0 son \u00e2me, la relier \u00e0 celle de notre univers, une connexion \u00e0 l&rsquo;universel. C&rsquo;est un regard sur le monde, ses \u00e9nergies, ses consciences, ses pri\u00e8res. En m\u00eame temps, c&rsquo;est prendre de la distance, pour changer son regard, retrouver des perspectives, changer de paradigme.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Chaque p\u00e8lerin emporte avec lui ses motivations, ses doutes, ses peurs, ses angoisses. Souvent, il souhaite faire le point\u00a0\u00e0 un moment important de sa vie (fin des \u00e9tudes, ch\u00f4mage, mariage, retraite, divorce), tourner une page, faire un deuil, rena\u00eetre apr\u00e8s une maladie ou un accident, fuir le stress d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de plus en plus exigeante, obtenir un r\u00e9pit pour savourer l\u2019instant pr\u00e9sent. Que ses motivations soient religieuse, spirituelle, culturelle, d\u00e9fit sportif, aventure, d\u00e9passement de soi ou trek pas cher, tous sont en qu\u00eate de soi, de leur \u00e2me ou de l&rsquo;esprit du monde. Tout le monde peut se mettre en route vers Compostelle, son chemin sera celui qu&rsquo;il voudra.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Le p\u00e8lerin de Compostelle porte librement un message, le sien et, qu&rsquo;il soit croyant, pratiquant ou pas, celui de l&rsquo;ap\u00f4tre Jacques. Le Chemin porte les valeurs bibliques, engagement, humilit\u00e9, honn\u00eatet\u00e9, rigueur, respectabilit\u00e9, dignit\u00e9, etc. Ce message est universel et intemporel. Il a contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de notre civilisation, a permis de sortir l&rsquo;humanit\u00e9 de la barbarie. Dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre qui se joue, une trag\u00e9die dont nous sommes acteurs, nous portons notre avenir, celui de nos enfants et de nos proches.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Ce voyage nous laisse de bien belles images dans la t\u00eate, de tr\u00e8s beaux souvenirs des personnes rencontr\u00e9es et des lieux travers\u00e9s. J&rsquo;ai pu \u00e9couter, aider et porter, au mieux, mon attention vers l&rsquo;autre. J&rsquo;ai pu ainsi faire revivre les valeurs de solidarit\u00e9 et bienveillance du Chemin, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 ma famille spirituelle. En pla\u00e7ant l&rsquo;esprit dans l&rsquo;action, nous avons, sans doute, mis en lumi\u00e8re les graines que nous portons, \u00e0 nous de les faire \u00e9clore dans le terreau du monde dont nous sommes tous des p\u00e8lerins assoiff\u00e9s de V\u00e9rit\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Pendant trois semaines, comme beaucoup d&rsquo;entre-nous, je suppose, je suis revenu \u00e0 mon essentiel, une pens\u00e9e rationnelle et humaine, sage et \u00e9quilibr\u00e9e. Je me suis empli des richesses de chacun. La parenth\u00e8se est aujourd&rsquo;hui referm\u00e9e, mais notre voyage n&rsquo;est pas termin\u00e9, il se poursuit dans notre t\u00eate, notre c\u0153ur et notre \u00e2me. Nous somme entr\u00e9s dans l&rsquo;esprit de Compostelle, nous lui avons donn\u00e9 le sens que nous voulions lui donner, n&rsquo;est-ce pas la plus grande des libert\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">P\u00e8lerin du monde, je suis le d\u00e9but et la fin de mon Chemin. Les pieds englu\u00e9s dans la glaise, je regarde les \u00e9toiles.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Merci \u00e0 tous.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">E ultre\u00efa, E suse\u00efa<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En ce matin du 8 juillet 2021, je pars pour Compostelle, je pars de Sarria pour un p\u00e9riple de 15 jours en compagnie, pour la premi\u00e8re fois, de trente personnes que je ne connais, pour la plupart, pas. 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