En 2013, j’ai commencé mon chemin vers Compostelle.
D’abord en rencontrant des pèlerins, ensuite en donnant de moi-même en participant à la création d’une association de pèlerins, puis en partant moi-même pour vivre le pèlerinage et comprendre…
Impatient de mettre mes pas dans ceux qui m’avaient précédé, j’ai pris la route en 2015 avec mon sac à dos et mes bâtons, débarrassé des contraintes du quotidien, libre de vivre hors du temps, de la société et ses artifices. Pas de statut social, pas de ségrégation, pas de préjugés. Ainsi allégé, comme beaucoup d’autres, je pars à l’aventure, marcheur de l’inutile pour certains, en quête de réponse à mes interrogations et espérances.
Pourquoi partir est la question essentielle, celle qui conditionne toutes les autres. Je vais y répondre en avançant. Peu à peu, en effet, au rythme de mes pas, je quitte le monde des apparences et je vais vers moi-même et vers les autres. Le marcheur part découvrir le monde, le pèlerin part à la recherche de soi. A travers le spectacle du vivant, notre être réel apparait. Le pèlerin crée son chemin en même temps qu’il le suit…
Le Chemin n’est pas un monde merveilleux, c’est le reflet de notre société, des hommes et femmes que nous sommes. Il y a du bien et du mal, du beau et du laid, des aléas, des galères et du magique. Le pèlerinage est une épreuve que l’on s’inflige pour donner du sens à sa vie et, probablement, donner de la valeur à la vie. Le Chemin symbolise la vie, sa vie et celle des autres. Le propre de l’homme est de vouloir explorer son univers. Il n’y a donc pas un chemin, il y a autant de chemins que d’êtres vivants, autant de bons chemins que de personnes respectueuses de l’autre et du vivant. Le chemin se dévoile en marchant.
Mon chemin fut pavé des petits bonheurs de la vie, bordé des beautés du monde, jalonné de rencontres qui furent belles parce que je ne les recherchais pas. Chaque étape fut différente, chaque moment fut l’occasion d’apprécier le bonheur d’être vivant et d’exister dans un monde également vivant. Progressivement, je perçois ce qui me motive, me pousse à partir sur les routes. Je sens, plus que je ne comprends, que le fait de marcher libère le mental des servitudes du corps en mouvement, lui permet d’être disponible pour ce qu’il est venu chercher, que suis-je, qu’est-ce que la vie ?
De très nombreuses nationalités sont représentées sur le Camino, Corée, Japon, Australie, Brésil, Canada, Espagne, Suède, Syrie, etc. Je n’ai pas forcé la rencontre, le monde est venu à moi. Certaines rencontres furent particulièrement exceptionnelles, mais toutes ont été riches de sentiments et d’enseignements. L’humanité vit et s’exprime chaque jour sur le Chemin. Au fil des jours, une communauté fraternelle se constitue et s’enrichit, car chacun se reconnait, se respecte et partage. La communauté du Chemin représente ce que la société d’aujourd’hui n’est pas et devrait, probablement, devenir. L’avoir n’est plus l’important, l’être devient l’essentiel.
Mon premier Camino s’est achevé à Santiago en 2018, de la plus belle des manières, accueilli par une équipe orléanaise, Patrick, Philippe et Annie, dignes représentants de la communauté des pèlerins de Saint Jacques en laquelle solidarité, amitiés et spiritualité ont encore un sens. Mon chemin fut celui que j’attendais, celui qui me permet d’avancer encore. Je n’ai pas, bien entendu, obtenu toutes les réponses à mes questions, mais le plus important n’est-il pas le questionnement lui-même…
Voici mon histoire !
