Le pèlerin

Le pèlerin n’est pas un marcheur qui va d’un point à un autre en cherchant à profiter au maximum du moment présent en retenant un maximum de sensations, il cherche à donner un sens, un point de vue plus global, un regard différent sur ce qu’il voit, à travers son prisme et sa propre personnalité. Il va chercher à rassembler le puzzle de sa vie et du monde. Il cherche à voir, appréhender les relations, les liens entre toute chose.

Marcher en solitaire aide pour le retour sur soi mais retrouver des gens, mais communiquer avec des personnes du même niveau permet sans doute de mieux se connecter à ce qui fait de nous des humains, notre humanité.

Intégré dans une collectivité même s’il marche seul, le pèlerin dépend et a besoin de celle-ci. L’accomplissement personnel ne peut pas se concevoir sans les autres. Ce besoin est constitutif de l’homme, notre chemin ne peut se concevoir sans ce besoin et cette nécessité.

Pèleriner, c’est partir avec ses peines, peurs, chagrins, colères et soucis, lourdes comme des pierres que nous porterions dans notre sac à dos. Elles nous alourdissent, nous font souffrir, nous entrainent vers le fond, vers notre côté obscure. Le sac à dos du pèlerin est plein de ces pierres, au fil de ses pas, il va décharger une à une les pierres qu’il porte, ouvrir le carcan de son quotidien, se libérer tel Sisyphe se débarrassant son rocher. Pèleriner c’est partir avec le but de s’améliorer, progresser à la rencontre de son âme. Pour ce faire, pour aller de l’avant, ne gardons que ce qui est utile, soyons simple, humble, observateur du monde en gardant l’esprit ouvert.

Lorsque nous parlons à nos proches de notre envie faire le chemin de Compostelle, il y a généralement deux réactions : ceux qui nous envient et ceux qui se demandent, mais pourquoi donc faire Compostelle ?

Contrairement à ce que nous pourrions croire, faire le pèlerinage de Compostelle n’est plus lié principalement à des croyances religieuses mais tous les pèlerins s’accordent sur une chose : le chemin de Compostelle n’est pas un simple sentier de randonnée. Ce n’est pas une expérience de marche “classique”.

Faire Compostelle pour des raisons religieuses
Historiquement, le pèlerinage de Compostelle est un pèlerinage catholique. Le but était d’accomplir un voyage initiatique vers le légendaire tombeau de Saint-Jacques, l’un des apôtres du Christ situé au coeur de la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle en Galice (Espagne).
Aujourd’hui, la majorité des pèlerins que l’on croise sur le Chemin n’ont plus cette motivation religieuse. En France notamment, seuls 23% des pèlerins font le chemin pour des raisons religieuses (source : ADT du Lot).
En Espagne, c’est moins tranché. Ce sont 40% des pèlerins (source : Oficina del Peregrino) qui randonnent sur le Camino pour des raisons religieuses. Nombreux sont les étrangers catholiques venant du monde entier pour parcourir le Camino de Santiago.
Les années saintes génèrent un flux de pèlerins encore plus important vers Saint Jacques de Compostelle.

Faire le chemin de Compostelle : un voyage culturel ?
Le Camino est avant tout un chemin historique ancestral. Les premiers pèlerins étrangers que nous connaissons de source sûre firent leurs premiers pas sur le chemin en l’an 950. Ils furent suivis par d’innombrables pèlerins à travers les siècles.
Tout au long du Moyen-Âge notamment, Santiago de Compostela fut la destination la plus prisée accueillant des pèlerins venus de toute l’Europe. C’est donc tout naturellement que de nombreux monuments historiques à l’architecture incroyable s’érigèrent en France et en Espagne.
En 1998, les chemins de Compostelle connurent une véritable renaissance quand ils furent classés pour la première fois au patrimoine mondial de l’Unesco. Le classement concerne différents types de monuments : cathédrales, églises, basiliques, dolmen, anciens hôpitaux, ponts, portes d’entrée de ville, etc. Parmi les monuments les plus connus : la cathédrale Notre-Dame et l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques (Puy-en-Velay), la basilique Sainte-Madeleine (Vézelay), la cathédrale Notre-Dame (Amiens), la tour Saint-Jacques (Paris), la Basilique Saint-Seurin (Bordeaux), le pont Vieux (Estaing), pont Valentré (Cahors), la porte Saint-Jacques (Saint Jean Pied de Port), etc.
Le classement concerne également plusieurs sections de sentier remarquables par leurs paysages et environnements : les sections de Aroue à Ostabat-Asme (Pyrénées-Atlantiques), de Saint-Côme-d’Olt à Estaing (Aveyron), de Nasbinals à Saint-Chély-d’Aubrac (Lozère – Aveyron), de Lectoure à Condom (Gers, de Montredon à Figeac (Lot), de Faycelles à Cajarc (Lot), de Bach à Cahors (Lot).
C’est également un voyage gastronomique qu’il s’agit de vivre pour découvrir des traditions locales ancrées depuis des siècles selon les régions traversées.

Compostelle, un défi physique ?
Selon l’étude de l’ADT du Lot, 26% des randonneurs interrogés sur la voie du Puy marchaient aussi pour réaliser un défi physique individuel.
Soyons honnêtes, marcher sur les chemins de Compostelle n’est pas le défi physique le plus difficile que vous aurez à affronter. Certaines grandes randonnées comme le GR20 en Corse seraient un bien plus grand défi. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles le Chemin est si populaire : il est accessible au plus grand nombre et à n’importe quel âge.
Néanmoins, faire le chemin demande du courage : celui d’oser partir malgré ses peurs, celui de persister et de continuer chaque jour, celui de s’écouter et d’écouter son corps, celui de lâcher prise. Chaque jour, vous apprendrez à maîtriserez votre physique, à économiser vos pieds, vos genoux, votre dos, vos épaules. En ce sens, oui le chemin de Compostelle sera un défi : celui qui vous reconnectera à votre corps et en fera votre allier.

La quête de sens : la véritable motivation du pèlerin ?
C’est la raison qui revient le plus souvent dans les différentes études menées auprès des pèlerins. Plus de 60% des pèlerins qui font le GR65 par exemple le font en quête de sens. Dans un monde moderne toujours plus rapide qui nous impose une charge mentale et un quotidien difficiles, la simple idée de partir avec pour seul compagnon de route son sac à dos s’avère être une bouffée d’air.
Faire un pèlerinage sur le chemin de Compostelle, c’est octroyer une pause, revenir à l’essentiel, se concentrer sur soi, retrouver une certaine liberté loin du train train quotidien. Pour certains, c’est aussi l’occasion de faire le deuil d’un événement douloureux, d’être seul face à ses pensées.
Le chemin est souvent décrit comme un voyage initiatique, une aventure intérieure, une renaissance même pour certains.

Et si c’était un mixte de tout ça finalement ?
50% des pèlerins cheminant sur le Camino de Santiago indiquent le faire pour des raisons à la fois culturelles et spirituelles (source : Oficina del Peregrino). Et c’est bien ce qui fait toute la beauté du chemin de Compostelle. Quelles que soient vos motivations, faire le chemin de Compostelle vous permettra à la fois de :
– vous éveiller à des questions spirituelles de par vos échanges avec les autres pèlerins,
– découvrir votre force physique et de dépasser vos limites,
– faire un point sur votre vie et de révéler une nouvelle facette de vous-même,
– découvrir un patrimoine culturel riche et unique classé au patrimoine de l’UNESCO,
– vivre tout simplement une aventure unique !

La simplicité, fondement de l’esprit du chemin de Compostelle
Il faut encourager les pèlerins à vivre le chemin dans la simplicité et souhaite que le chemin reste accessible à tous les pèlerins, quels que soient leurs moyens.
La simplicité est un des fondements de l’esprit pèlerin et de l’esprit du chemin.
Il y a deux formes de simplicité sur le chemin :
1) La simplicité vécue volontairement :
 Beaucoup de pèlerins souhaitent vivre ou retrouver la simplicité en esprit, dans leur cœur, tout au long du chemin. Cette volonté de simplicité intérieure se concrétise aussi par une simplicité dans les actes de la vie courante du pèlerin (laver son linge à la main, cuisiner son repas, vivre le contact avec les autres pèlerins dans les chambres partagées et les dortoirs). Il y a dans cette simplicité volontaire l’idée d’une rupture avec des besoins, un certain confort quelque fois excessif, pour retrouver de vraies valeurs.
2) La simplicité vécue par obligation :
 C’est celle des pèlerines et des pèlerins qui ont peu de moyens financiers. Ils ont de plus en plus de mal à faire le chemin. Ces pèlerines et ces pèlerins doivent être l’objet de toute notre attention et notre première raison d’être pour ceux qui donnent l’Hospitalité. Sinon le chemin de Saint Jacques ne sera bientôt plus un chemin de pèlerinage mais autre chose qui ne mérite même pas qu’on en parle. La simplicité doit rester possible et gratuite dans les actes de la vie courante d’un pèlerin dans les hébergements tout au long du chemin.
 Exemples :
 Pouvoir se cuisiner ses repas dans une cuisine équipée dont l’usage est gratuit.
 Pouvoir se faire soi-même son petit-déjeuner.
 La simplicité favorise les rencontres, le partage.
La simplicité favorise le lâcher prise.
 La simplicité amène à la douceur et à la paix intérieure.
La simplicité ouvre les sens et permet de voir, sentir, toucher, entendre,
 en résumé vivre vraiment ce qui est beau, vrai et bon.
 La simplicité fait que le pèlerin va à l’essentiel.
 Qu’elle soit volontaire ou obligatoire la simplicité doit pouvoir continuer d’être vécue sur le chemin de Saint Jacques. Si vous aimez le chemin de Saint Jacques, faites-le dans la simplicité en privilégiant les lieux où vous pourrez la vivre. Ainsi vous protégerez le chemin des dérives commerciales présentes et futures. Quand la simplicité est vécue, partagée, avec les autres pèlerins et avec ceux qui vous donnent l’Hospitalité dans leur maison, alors là… Une assiette de pâtes, un petit verre de vin et un bout de chocolat partagés deviennent un festin.

 

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